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mardi 28 février 2012

Haïti: l'ancien président Jean Bertrand Aristide poursuivi pour trafic de drogue



L'ex-président d'Haïti Jean Bertrand Aristide (c) arrive à Port-au-Prince le 18 mars 2011

Hector Retamal
La justice haïtienne a demandé l'ouverture d'une enquête sur l'ex-président Jean Bertrand Aristide et d'anciens dignitaires de son régime pour trafic de drogue et d'autres infractions graves, a indiqué lundi à l'AFP un avocat proche de M. Aristide. 

"Le dossier inculpant l'ancien président Aristide a été déposé par le commissaire du gouvernement au cabinet d'un juge d'instruction afin d'ouvrir une enquête", a déclaré Me Newton Saint-Juste.
Outre l'accusation de trafic de drogue, Jean Bertrand Aristide est poursuivi pour soustraction de deniers publics, forfaiture et concussion.
La Fondation Aristide pour la démocratie et d'anciens fonctionnaires de son gouvernement, dont un ancien directeur général de la police nationale, sont également poursuivis, selon l'avocat.
Le ministre de la Justice, Michel Brunache, a refusé de commenter cette affaire, mais a indiqué à l'AFP que son ministère n'était "pas au courant de cette démarche".
Exilé en Afrique du Sud après avoir été renversé en 2004, Jean Bertrand Aristide est revenu en Haïti en mars 2011 et n'a pas fait de déclaration publique depuis.
Il a été vu une seule fois en public avec l'actuel président Michel Martelly qui rendait visite à d'anciens chefs d'Etat vivant en Haïti dans le cadre d'une démarche de réconciliation nationale.
Jean Bertrand Aristide a effectué trois mandats écourtés à la tête d'Haïti, en 1991, de 1994 à 1996 et de 2001 à 2004. Il a regagné le pays quelques semaines après Jean-Claude Duvalier, l'ancien dictateur qui fait l'objet de poursuites judiciaires pour détournements de fonds.

AFP

Trafic de stupéfiants: Jean Bertrand Aristide serait-il visé?

Un mandat d’amener lancé contre Aristide
Les procureurs fédéraux déclareraient disposer des « preuves »

Le bouleversement de l’univers du monde des trafiquants de drogue haïtiens par la justice américaine, qui a entraîné l’arrestation suivie de l’expulsion de nombreux d’entre eux aux États-Unis, pourrait bientôt provoquer des ondes de choc. Après plusieurs années de piétinement, le cas de la justice fédérale américaine contre Jean- Bertrand Aristide s’est beaucoup renforcé. Grâce aux dernières révélations de Jacques Beaudouin Kétant, non seulement la lutte contre les trafiquants de drogue haïtiens va s’intensifier, le chef de
Lavalas se retrouve bel et bien dans le collimateur de la justice américaine. D’ailleurs, a été lancé contre lui le mandat d’amener dont on parlait depuis plus de douze ans, et qui tardait à se concrétiser parce que les autorités fédérales américaines estimaient qu’elles n’avaient pas suffisamment de preuves contre lui.

En effet, cherchant à écourter son séjour en prison, Jacques Kétant a donné de nouvelles informations sur Jean-Bertrand Aristide lesquelles ont permis aux autorités fédérales de prendre les dispositions en vue d’appréhender ce dernier. Selon les dernières informations provenant du dossier Aristide, un mandat d’amener a été émis contre lui par un juge fédéral de M i a m i .

Le document précise qu’un juge fédéral, à Miami, a signé un mandat d’amener à l’encontre de l’ancien président haïtien, actuellement exilé en Afrique du sud, sous l’accusation d’avoir touché de l’argent provenant du trafic de stupéfiants et de blanchiment d’argent. Selon des sources proches de la DEA, les trafiquants de drogue en prison dans les prisons fédérales, aux États-Unis, ont tous déclaré avoir versé de juteuses commissions à Jean-Bertrand A r i s t i d e comme droit d’utilisation du sol national pour faire transiter la cocaïne en provenance de l’Amérique du sud. Aux yeux des juristes fédéraux, de tels témoignages n’ont aucune valeur légale, car ne pouvant être admis au tribunal. Toutefois, les derniers témoignages de Jacques Kétant ont tout changé. On affirme, dans les milieux juridiques proches de la DEA, que les procureurs fédéraux ont enfin trouvé le « corps du délit », qu’ils n’avaient pu jusqu’ici établir à partir des aveux obtenus des quelque vingt caïds de la drogue appréhendés pour l’instant incarcérés dans des prisons fédérales.

Jacques Kétant à la rescousse

Point n’est besoin d’élaborer sur l’impact des dernières révélations de Kétant sur le dossier Aristide, car c’est grâce à lui qu’il a été possible aux procureurs fédéraux d’obtenir la signature d’un juge fédéral au bas de l’acte d’accusation d’Aristide.

En effet, dans son dernier témoignage aux autorités fédérales, ce trafiquant, le parrain de la fille aînée de l’ex-président, qui n’avait pas hésité pourtant à le livrer aux marshals américains, en 2004, a révélé qu’il payait de fortes sommes d’argent au chef de Lavalas, d’abord en chèques, plus tard en cash, après que ce dernier eut déclaré qu’il préférait « les billets verts » aux chèques.

Invité à documenter quelques unes des transactions effectuées par chèques, Kétant a fini par identifier les institutions bancaires sur lesquelles étaient tirés certains de ces chèques. Les procureurs fédéraux ont été satisfaits de corroborer ces dernières révélations.

Des observateurs proches de la DEA ont fait remarquer que, dans le mandat d’amener émis contre Jean-Bertrand Aristide, il n’est jamais fait allusion à son sujet en tant que ex-président d’Haïti mais plutôt comme «chef de Lavalas ».

On ne peut pas savoir quand et où ce mandat contre Aristide sera présenté. D’aucuns pensent que, à l’instar de Frédéric Marzouka, son dossier sera remis à la Police internationale (Interpol). On pense qu’il est aussi possible de formuler une demande d’extradition auprès du gouvernement de l’Afrique du sud, par le biais du ministère des Affaires étrangères de ce pays. D’aucuns prétendent qu’on ne devrait pas minimiser l’avancement soudain du dossier de la drogue, particulièrement celui d’Aristide, avec le changement de régimepolitique en Afrique du sud. Des observateurs estiment qu’une demande d’extradition formulée auprès d’un gouvernement dirigé par Jacob Zuma, archi-ennemi du protecteur d’Aristide, Thabo Mbeki, évincé du pouvoirpar celui-là, ne devrait pas tarder à produire un résultat.

Autrement dit, l’ancien président haïtien devrait contempler l’avenir avec effroi. Depuis déjà plus de douze ans que la Brigade fédérale antidrogue ou la « Drug Enforcement Administration » a lancé sa campagne contre les caïds de la cocaïne d’Haïti, plus d’une vingtaine de ces derniers ont été transportés à Miami après avoir été inculpés soit pour commerce de stupéfiants, soit pour blanchiment d’argent ou les deux. À l’exception d’Évents Brillant, qui bénéficia d’un verdict d’acquittement, tous les autres ont écopé des sentences plus ou moins longues. L’un des premiers à retrouver sa liberté, Oriel Jean, ancien chef de sécurité du Palais national, sous Jean-Bertrand Aristide, avait été élargi l’année dernière, après trois ans de réclusion. Aujourd’hui il est placé sous surveillance par les autorités américaines.

Fourel Célestin rapatrié

L’actualité a été dominée cette dernière semaine par le rapatriement de Jean-Marie Fourel Célestin, ancien président de l’Assemblée nationale d’Haïti, sous le gouvernement d’Aristide, un des proches collaborateurs politiques de ce dernier. Il avait séjourné en exil avec le prêtre défroqué et faisait partie du groupe de conseillers qui représentaient le gouvernement exil que dirigeait ce dernier à partir de Washington, après le coup d’État militaire réalisé contre lui par l’équipe Raoul Cédras, Philippe Biamby et Michel François .

Accusé de trafic de drogue, M. Célestin, qui était également un ex- médecin militaire, avait été mis aux arrêts par des agents de la DEA, en mai 2004, après s’être présenté de son propre gré à l’ambassade américaine. Il voulait faire montre de sa bonne foi après avoir pris connaissance qu’un mandat d’amener avait été émis contre lui. Mis aux fers, l’ancien sénateur fut embarqué immédiatement dans un avion militaire américain et transporté à Miami.

Fourel Célestin ne devait pas purger toute sa peine de dix ans. L’année dernière, Haïti - Observateur avait mentionné dans une chronique que les autorités fédérales allaient le libérer «pour raison humanitaire » après qu’on lui eut diagnostiqué comme un sidéen.

Nouvelles listes de trafiquants et de suspects

Parallèlement à l’avancement du dossier Aristide, les procureurs fédéraux ont lancé une nouvelle offensive contre les trafiquants haïtiens, ayant dressé plusieurs listes de personnes impliqués dans cette transaction. Sur une première liste figurent des personnalités recherchées par les autorités américaines, c’est-à-dire contre qui ont été émis des mandats d’amener. Sur cette liste se trouvent des gens comme Évents Brillant, renvoyé hors de cause, il y a trois ans, mais recherché aujourd’hui, à la suite de nouvelles informations obtenues par les autorités américaines. De même que Guy Philippe, ex-commissaire de Police et chef de la rébellion contre Aristide, qui a aussi fondé un parti politique dont il était le candidat à la présidence, aux élections de février 2006. Récemment candidat aux sénatoriales partielles du 19 avril 2009, il a été mis au rencart parle CEP. Plusieurs tentatives de l’appréhender ont été effectuées à Bergeau, à l’entrée de la ville des Cayes, dans le sud ; ainsi qu’à Pestel (son village natal où se trouve la maison familiale), en deux occasions différentes, mais sans succès.

Sur cette même liste figure Immacula Basile, députée sous Aristide, qui disparut de la circulation depuis plus de six ans. On prétend qu’elle se trouve en Afrique du sud.

Cette même liste comprend le nom de Wilner Content ; et Pierre-Claude Dorléans, qui aurait été mis aux arrêts au Canada. Des sources dignes de foi laissent croire que les autorités américaines auraient formulé une demande d’extradition auprès de leurs homologues du Canada.

Selon des sources proches des procureurs fédéraux, Nahoum Marcellus se trouve sur la liste des personnes recherchées par la DEA. Il aurait été, dit-on, dénoncé par Carlos Ovale, un Colombien. Coordonnateur du
cartel de Cali dans la Caraïbe, Ovale a été trouvé coupable et purge une peine de 263 ans de prison.

D’autres personnalités sur la même liste sont : Frantz Gabriel, Ronald Georges, Rudolph Hériveaux , Yvon Feuillé, Papouche Dumornay et Josselerme Privert .

Aussi bien que Hermione Léonard, réfugiée en République dominicaine..on prétend qu’une somme de 20 000 $ aurait été versée comme frais à l’Interpol en vue de son arrestation. On rapporte que Léonard a failli être arrêtée en Haïti lors d’un voyage qu’elle avait effectué en vue de récupérer certains biens laissés en Haïti, notamment deux comptes en banque. On prétend que des agents de la D E A accompagnés de policiers haïtiens arrivèrent seulement quelques minutes après qu’elle eut réalisé une opération bancaire. Entre-temps, certains
ressortissants haïtiens purgeant des peines dans des prisons fédérales aux États-Unis, après avoir été condamnés suite à leur jugement pour trafic de drogue et/ou blanchiment d’argent seraient sur le point de recouvrer leur liberté. Plusieurs d’entre eux auront purgé leur peine l’année prochaine. Il s’agit, par exemple, de Rudy Thérassant, Romaine Lestin, Wista Louis, Jean Nesly Lucien (ancien chef de la Police nationale sous Aristide) .



Source : Haïti-Observateur VOL. XXXX, No. 18, 6 au 13 mai 2009

Retour sur l'actualite:Comment Jean-Bertrand Aristide presidait au trafic de drogue en Haiti

1er avril 2004
Jean-Michel Caroit, Le Monde
Condamne a Miami, le trafiquant Beaudoin "Jacques" Ketant accuse l’ex-chef de l’Etat d’avoir ete le "parrain" de lacocaine sud-americaine dans le pays. Les Etats-Unis utilisent le dossier des stupefiants comme un moyen de pression.
L’inculpation reste une menace pour l’ancien president.
"Il m’a trahi, comme Judas a trahi Jesus." C’etait le 25 fevrier, quatre jours avant la fuite du president haitien Jean-Bertrand Aristide.
Peu avant d’etre condamne a 27 ans de prison et 30 millions de dollars d’amende par un tribunal federal a Miami, Beaudoin "Jacques" Ketant accusait M. Aristide d’etre le "parrain" du trafic de drogue en Haiti.
Proprietaire d’une maison evaluee a 8 millions de dollars a Vivi Michel, sur les hauteurs surplombant Port-au-Prince, exhibant des toiles de Picasso et de Monet, M. Ketant a reconnu avoir distribue plus de 40 tonnes decocaine colombienne aux Etats-Unis depuis une douzaine d’annees.
"Le patron, c’etait Aristide.
Je l’ai paye durant des annees.
Il fallait le payer, sinon on mourait", a-t-il declare devant le tribunal.
Partenaire des principaux cartels colombiens de Medellin, de Cali et du Norte del Valle, Beaudoin "Jacques" Ketant avait debute dans le trafic avec le colonel Michel Francois, l’un des "cerveaux" du coup d’Etat qui avait renverse Jean-Bertrand Aristide en septembre 1991. Cet ancien chef de la police est refugie au Honduras, un pays qui n’a pas de traite d’extradition avec les Etats-Unis.
M. Ketant avait noue d’etroites relations avec le president Aristide depuis leur rencontre, en 1998, par l’intermediaire d’un autre trafiquant.
Il le qualifiait de "compadre" (compere), une expression amicale commune en Amerique latine.
Beaudoin Ketant affirme qu’il lui versait environ 500 000 dollars par mois pour l’usage exclusif de la Nationale 9, ou la police interrompait le trafic pour permettre l’atterrissage des avionnettes chargees de cocaine. M. Ketant cotisait aussi environ 500 000 dollars par an a la Famille Lavalas, le parti presidentiel, et envoyait regulierement des sommes importantes a la Fondation Aristide pour la democratie, selon son temoignage recueilli en prison par l’intermediaire de son avocat, Ruben Oliva.
AUTORITES CORROMPUES
En fevrier 2003, un jeune frere de Beaudoin Ketant, Hector, est tue a son domicile lors d’une descente de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI).
"Aristide avait besoin d’argent pour financer le carnaval.
D’habitude, il prenait 30 %, mais, cette fois, il voulait 80 % sur une grosse cargaison, plus de 700 kg. La negociation a mal tourne et Rudy Therassan a tire sur Hector et l’un de ses gardes du corps, Hermann Charles", selon un temoin.
Aujourd’hui refugie a Miami ou il travaille pour la DEA (le service antidrogue americain), le chef de la BRI, Rudy Therassan, etait au coeur du dispositif mis en place pour "taxer" le trafic de drogue.
En mai, Beaudoin "Jacques" Ketant et ses gardes du corps provoquent un scandale a l’Union School, le tres chic college bilingue de Port-au-Prince, ou l’un de ses fils cotoie les enfants des diplomates americains.
Outree, l’ambassade des Etats-Unis proteste directement aupres du president Aristide, qui s’efforce alors d’obtenir la reprise de l’aide internationale, gelee depuis la crise post-electorale de 2000. Le 17 juin, M. Ketant est convoque au palais presidentiel ou il est, selon ses termes, "kidnappe" et livre a cinq agents de la DEA, l’Agence americaine de lutte contre le trafic de drogue.
Menotte, il tente de s’enfuir sur le tarmac de l’aeroport de Port-au-Prince avant d’etre emmene a Miami.
"Peu apres avoir livre Ketant, Aristide a obtenu la reprise des financements de la Banque interamericaine de developpement", note un diplomate.
Depuis des annees, les rapports officiels americains notent qu’Haiti "est une plateforme importante de transbordement de la cocaine sud-americaine vers les Etats-Unis" et decrivent la corruption des autorites, qui permettent aux trafiquants d’operer sans encombre.
La presse americaine a publie de nombreux articles sur ce sujet.
Il y a deux ans, le Wall Street Journal citait Mario Andresol, ancien directeur de la police judiciaire haitienne, qui s’etait exile : "Les trafiquants travaillent avec Aristide...
Des personnes que j’ai arretees pour trafic de drogue ont ete promues au sein de la polic."
"Il est difficile d’imaginer qu’Aristide ne participait pas a cette activite criminelle extremement lucrative", a declare recemment a une chaine de television l’ancien general Barry McCaffrey, responsable de la lutte antidrogue du president Bill Clinton.
Outre M. Ketant, une cinquantaine d’autres trafiquants haitiens sont sous les verrous aux Etats-Unis.
L’un d’eux, Eliobert Jasme, surnomme "Ed1", du nom de son entreprise de construction, a jusqu’a present refuse de parler et a choisi le meme avocat que l’ancien president panameen Manuel Noriega, Me Frank Rubino.
Mais d’autres se sont mis a table.
Carlos Ovalle, un trafiquant colombien qui a longtemps reside en Haiti, a ainsi accepte de cooperer avec les autorites americaines.
REUNION D’URGENCE
La recente arrestation a Toronto d’Oriel Jean, ancien chef de la securite presidentielle, est encore plus menacante pour M. Aristide.
Envoye aux Etats-Unis, Oriel Jean a ete inculpe pour trafic de cocaine par le tribunal federal deMiami.
Selon un informateur de la DEA, un ancien trafiquant de drogue haitien, Oriel Jean prelevait 50 000 dollars sur chaque cargaison de cocaine qui arrivait par avion en Haiti.
"Les Americains savaient parfaitement ce qui se passait.
Je leur ai personnellement transmis des informations qui n’ont pas eu de suite.
Ils connaissaient l’importance du narcotrafic dans l’economie haitienne.
Mon impression est qu’ils preferaient fermer les yeux pour ne pas devoir prendre en charge Haiti", confie un general a la retraite de la Republique dominicaine voisine.
Des la fin des annees 1990, plusieurs de ses informateurs dans la zone frontaliere lui avaient indique que les trafiquants versaient un "peage" a la Fondation Aristide.
Pour Washington, la principale menace venant des grandes Antilles est l’immigration illegale.
L’attaque de la base navale de Killick par un groupe de "chimeres", les partisans armes de l’ancien president haitien, a ete l’un des elements decisifs qui a pousse le gouvernement americain a demander, peu apres la France, le depart de M. Aristide.
Situee a la sortie sud de Port-au-Prince, cette base des garde-cotes a pour mission principale de controler les boat people.
L’attaque a provoque une reunion interministerielle d’urgence a la Maison blanche, le 27 fevrier, au cours de laquelle le plan de la Communaute des Caraibes (Caricom), prevoyant le maintien du president Aristide au pouvoir jusqu’au terme de son mandat, en 2006, a ete abandonne par Washington.
Pour les Americains, le dossier drogue arrive en deuxieme position apres le risque d’une arrivee massive de refugies, et il est souvent utilise comme un moyen de pression, voire de chantage.
Plusieurs membres de l’administration Bush sont partisans d’une inculpation rapide de Jean-Bertrand Aristide pour trafic de stupefiants.
La recente suspension de son visa americain pourrait etre un premier pas. D’autres preferent conserver cette arme comme une epee de Damocles.
"Plus il ouvre la bouche, plus l’inculpation se rapproche", dit un fonctionnaire qui travaille sur le dossier.
A Port-au-Prince, "tout le monde savait"
Dans un discours d’une rare franchise, le 9 juillet 2003, l’ambassadeur des Etats-Unis a Port-au-Prince, Brian Dean Curran, en fin de mission, denonce la tolerance de la societe haitienne a l’egard du trafic de drogue.
"Lestrafiquants sont bien connus.
Ils s’approvisionnent dans vos magasins ; vous leur vendez des maisons ou leur en construisez de nouvelles ; vous prenez leurs depots ; vous eduquez leurs enfants", lance-t-il aux membres, petrifies, de la chambre de commerce americaine d’Haiti, l’elite economique du pays. "En Haiti, les trafiquantsn’avaient pas besoin de se cacher.
Tout le monde savait", confirme un diplomate.
Tout le monde, a commencer par les Americains.
Pourquoi n’ont-ils pas utilise ce dossier contre Jean-Bertrand Aristide, comme ils l’avaient fait contre Manuel Noriega, l’ancien president du Panama qui croupit dans une prison de Miami depuis 1989 ?

Haïti - Justice : Dossier d’ouverture d’enquête sur Jean-Bertrand Aristide pour trafic de stupéfiants, de soustraction de deniers publics, de concussion et de forfaiture

Un dossier d’ouverture d’enquête, comportant plusieurs chefs d’accusations graves contre l'ancien Président Aristide, la Fondation Aristide pour la démocratie et d'anciens fonctionnaires de son gouvernement, a été déposé par le Commissaire du Gouvernement au cabinet d'un juge d'instruction afin d'ouvrir une enquête et donner les suites qui s’imposent. Ce dossier aurait, suivant plusieurs sources concordantes, été introduit par l’État haïtien (l’Unité central de renseignement financier (UCREF)).

«...Nous sommes au courant que depuis vendredi, un dossier a officiellement été remis au cabinet d'instruction et qu'il est entre les mains du juge Mimose Janvier...» a déclaré, Me Newton Saint-Juste, l’un des avocats de l’ex Président Aristide. Ajoutant « [...] il y a deux dossiers, il y a un dossier qui concerne M. Aristide et l'autre la Fondation. Dans le dossier qui concerne le Président Aristide, l'on parle de trafic de stupéfiants, de soustraction de deniers publics, de concussion et de forfaiture [...] quand nous regardons les premiers éléments, nous disons rapidement qu'il s'agit d'un dossier pour la galerie, qui va faire perdre le temps de la justice, parce qu'il est clairement établi, que lorsque vous voulez poursuivre un fonctionnaire pour soustraction de deniers publics ou détournement, il faut avoir un arrêt de la cours des comptes et du contentieux administratif. Dans ce dossier cet arrêt n'existe pas [...] c'est un dossier qui a été fait de manière précipité [...] c'est une nuisance politique [...] depuis environ 2 à 3 semaines nous avons apprit que des pressions sont faites au niveau de l'UCREF pour avoir un dossier rapidement, pour l'envoyer au niveau du Parquet et pour le renvoyer au cabinet d'instruction, nous étions au courant de tout cela [...] nous attendons pour voir quelles actions le juge va poser, nous mettons au point notre stratégie, il faut dire que nous ne sommes pas seul sur le dossier, il y a Me Camille Leblanc, Me Mario Joseph... [...] » ajoutant « aucun particulier n'a porté plainte contre M. Aristide jusqu'à présent... »

Sans nier l’existence de ce dossier contre l’ancien Président Jean-Bertrand Aristide, le Ministère de la justice, Me. Michel Pierre Brunache a formellement démenti lundi les rumeurs qui ont circulé hier lundi, dans certains média haïtien, affirmant que deux mandats avait été émis à l’encontre de l’ex Président.

Démenti officiel du Ministre de la Justice :
« Le Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique tient à apporter un démenti formel aux rumeurs selon lesquelles deux mandats auraient été émis à l’encontre de l’ancien Président Jean-Bertrand Aristide. Tout en affirmant son respect de l’indépendance du Pouvoir Judiciaire et de l’égalité de tous devant la loi, le Ministère invite la population en général et la Presse en particulier à ne pas se fier à des rumeurs fantaisistes, susceptibles de nuire au processus d’établissement de l’Etat de droit et à la politique de réconciliation nationale prônés par le Président de la République, Son Excellence Michel Joseph Martelly »

Me. Michel Pierre Brunache
Ministre de la justice et de la sécurité publique

Rappelons pour nos lecteurs, que suite à un dépôt de plainte, le juge chargé d’instruire le dossier, ouvre une enquête au terme de laquelle il se prononce, en fonctions des faits et des preuves, s'il y a matière à poursuivre ou non, la ou les personnes visées dans la plainte.
S/ HaïtiLibre